Why ?

La Marche Nordique, qui quoi où comment pourquoi !! Mais pas que ! Il est fort possible que l'on parle aussi de rugby ou de ces crétins de coureurs à pied. 

Deux mots tabous : U... et K...

Désolé, on n'a pas le droit de les dire. Si vous les utilisez, vous aurez un gage nordique.

Attention bÂtons !

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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 15:33
- Par freenordictexaswalkers

Ça y est, c’est fait. J’ai bouclé mon premier 100. Et certainement pas le dernier.

« Quel est l’intérêt de ce récit puisque tu nous annonces déjà l’issue ? » me demanderez-vous. Facile ! « L’intérêt est ailleurs. » pour paraphraser Mulder et Scully.

Comment suis-je arrivé là où je suis ? Pourquoi ? Grâce à qui, à quoi ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses tout au long de ce récit…

               

C’est la cinquième fois que je me pointe sur le circuit de Steenwerck.

La première fois fut en 2008, je crois. Aucune préparation sérieuse, du grand n’importe quoi, j’étais arrivé extrêmement naïf sur ce parcours, sans certitude. J’avais stoppé au bout de 2 tours, le genou droit commençait à me titiller et je n’étais pas prêt à affronter les douleurs physiques inhérentes à ce genre d’effort. On ne s’inscrivait pas sur ce genre d’épreuve comme l’on s’aligne sur un 10 km. La prépa semble secondaire quand on y regarde à plusieurs fois, non pas qu’elle n’est pas primordiale mais une tactique doit être savamment réfléchie. La logistique doit suivre. C’est la leçon que j’en avais tirée. Malgré tout, ce ne fut pas un échec cuisant, d’ailleurs je ne l’ai pas considéré comme tel. J’étais déçu certes mais pas abattu. Je m’étais trompé, c’est tout. Erreur d’appréciation.

L’année suivante fut l’occasion de nouer un peu plus de liens avec le Poney Ailé, alias Pégase. J’étais venu l’accompagner sur la première boucle. Un beau souvenir : il faisait beau, il faisait chaud, il sentait bon le sab… non, il puait le poney et il bouclait avec panache ce 100 km en 13h et quelques minutes. Autre leçon : apprendre à courir lentement est beaucoup plus compliqué qu’apprendre à courir vite. En ce qui me concerne… En dessous de 10km/h, je m’affaisse, je me compresse, je m’écrase, et mes genoux dégustent sérieusement.

En 2010, ce devait être l’Année de tous les défis, de tous les exploits, celle où je devais entrer de plain-pied dans la famille des coureurs d’Ultra, ceux qui lisent UFO, qui s’enquillent des épreuves comme d’autres les canettes de 8.6 ou qui, modestement (sic), vous disent que courir un 10 km leur est plus dur que de se taper 100 km en se frisant les moustaches. Hé ben, non, ce Steenwerck-là fut une bérézina, un Waterloo, un cauchemar. Ou plutôt le début du cauchemar… Un petit tour et puis s’en va… Auréolé de quatre performances non négligeables en ce début d’année 2010 (un record explosé sur une classique, un chrono sur 10 km, une marque à 64km aux 6 heures de la Gorgue et un TVC bouclé assez aisément), j’avais emmagasiné un maximum de confiance dans l’optique de devenir centbornard puis d’enchaîner avec la CCC. Vanité, quand tu nous tiens… Cette première et ultime boucle fut un long chemin de croix et le début de la fin ; le pantin désarticulé que j’étais devenu allait vite sombrer dans une dépression qui ne prendrait fin que de longs mois plus tard. [Celles et ceux qui ont pu lire mes billets çà et là en ont été les témoins.]

En 2011, je m’y suis rendu pour plusieurs raisons :

-          je voulais y encourager Arnaud(P59), centbornard en deux épisodes, et François (FdA pour les intimes), Ami parmi les amis, et accompagnateur-spectateur impuissant de mon naufrage en 2010. C’était à son tour de se frotter aux 100 bornes.

-          je désirais participer aux retrouvailles régulières avec Shunga, Grandware.

-          un ami m’avait proposé de m’aligner sur l’épreuve avec pour seul objectif d’aller le plus loin possible en marchant.

Transi de froid, les cuisses tétanisées comme jamais auparavant, je bouclai 43 km soit deux tours en 8h. Ce jour est à marquer d’une pierre blanche, une borne sur laquelle j’inscrirais 0, car elle marqua un tournant dans ma vie sportive. L’idée de marcher ne me parut plus aussi saugrenue voire rébarbative. Marcher longtemps et efficacement ne s’improvisait pas et finir ce 100 km de cette manière serait un beau pied de nez à mes déboires.

Il ne fallut que quelques semaines avant que l’idée d’utiliser mes beaux bâtons de trail (acquis à l’origine pour la CCC 2010 et qui prenaient la poussière) à des fins « nordiques » ne germât dans mon esprit. Ma femme fut la première à les dépoussiérer et, 1h30 plus tard, ce fut la révélation : la Marche Nordique, c’était vraiment, mais vraiment très plaisant ! Alors pourquoi ne pas les utiliser pour enfin aller chercher cet écusson de centbornard ? L’Histoire était en marche…

 

Date : Mercredi 16 mai 2012

Lieu : Steenwerck (Nord)

Distance : 100 kms à effectuer en 5 boucles

Départ : 19h

Le jour J est arrivé. Très rapidement. Il y a un peu plus de 9 semaines que j’ai entrepris de suivre un plan d’entraînement afin de mettre toutes les chances de mon côté. Dans cet optique, j’ai laissé trois ou quatre messages sur autant de forums (dont Kikouroù) afin d’obtenir quelques conseils quant à la préparation d’une telle distance en marche nordique. Il faut avouer qu’il n’y a eu que très peu de réponses. Indifférence, méconnaissance, mépris ? Quelques échanges écrits « tendus » m’ont confirmé qu’il restait encore beaucoup de travail pour faire sortir la marche nordique de cette image d’Épinal d’un sport (oups !), d’une activité pour randonneur grabataire du dimanche. À ce titre, je tiens à remercier tout particulièrement deux membres de ce forum qui ont eu l’amabilité de répondre sérieusement à mes sollicitations : Free Wheelin’ Nat et Taroc 78, ce dernier m’ayant gentiment aiguillé sur la planification de mon entraînement. Force est de constater que cela a payé.

Pour les curieux (ses), je vous transmets les grandes lignes :

-          9 semaines ;

-          4 séances/semaine ;

S1 : en fractionné (eh ouaip, on peut faire du frac en MN !), 45’ à allure 100 puis 3 fois 10’ à toute berzingue (on monte jusqu’à 3 fois 20’ en semaine 9)

S2 : sortie longue qui correspond à 75% du temps de la sortie TRÈS longue (de 2h40 à 4h30 à allure 100

S3 : sortie à allure 100 de 10 km. De peur d’en faire trop, j’ai opté pour ce format plutôt qu’une sortie en puissance : montée et descente pour faire travailler le palpitant.

S4 : sortie très longue, de 3h30 en semaine 1 à 6h en semaine 9.

Le bilan est positif malgré une alerte (grosse douleur sur le côté du tibia gauche) en semaine 7 et trois séances zappées pour différentes raisons (fatigue, décès de mon chien).

                Donc, me voilà à Steenwerck, le temps est clément, la température est fraîche mais les conditions climatiques annoncées pour la nuit sont encourageantes : pas de pluie, quasiment pas de vent, une température autour de 3°. Les conditions sont optimales au regard des précédentes éditions… Ma femme et moi arrivons vers 17h, je suis serein, la tête est bonne, les jambes aussi, le matériel est prêt. Ne me reste plus qu’à affronter ces cinq boucles qui, jusqu’à maintenant, me paraissaient être la grande difficulté de cette épreuve. Difficulté qui réside dans le fait que l’on ne se voit pas avancer, surtout lorsque l’on commence à en chier ! Il est très ardu de se motiver à quitter cette salle pour affronter 20 km de nuit noire et froide.

                À peine suis-je sorti de ma voiture que le désormais célèbre T4 de Shunga se gare sur le trottoir d’en face. Lui aussi s’est mis à la MN. Mon engouement et ma motivation pour ce type de locomotion sont en grande partie dus aux échanges que nous avons pu avoir durant ces derniers mois, nous avons la conviction qu’ « un con qui marche bien ira plus loin qu’un con qui court mal » et nous sommes ici pour le prouver. Tels les Blues Brothers, nous sommes en mission ! Nous vaincrons ensemble, j’en suis convaincu. D’ailleurs, innocemment, je lui ai mis une pression folle en lui confiant au détour d’une conversation que « je considér[ais] que ne pas être tous les deux « finishers » seraient un échec. » La victoire ne vaut que si elle est partagée : tout le monde sera heureux. Ou personne…

                La préparation d’avant-course est limpide : je prends TOUT. Pas difficile. Je suis mieux équipé pour affronter les mornes plaines de Steenwerck que lorsque je me suis coltiné la CCC ! J’ai décidé de ne pas m’arrêter aux ravitos (cinq sur le parcours + la salle) pendant les trois premiers tours. J’embarque tout dans mon sac à dos :

-          poche à eau remplie de deux litres de boisson D4 à l’orange. Tout cela est dosé au pifomètre. J’aime le pifomètre. Désolé pour les dingos de l’osmolarité et de la  vidange gastrique…

-          barres de céréales D4 périmées mais ça sent encore bon donc je prends, j‘aime pas le gâchis. Barres Ovomaltine, putain que c’est bon ! Et d’autres trucs retrouvés au fond de ma « caisse à bordel pour la course ».

-          frontale, MP3, polaire de 10 ans qui pue la fouine. [Ah oui, j’en profite pour glisser deux ou trois mots aux adeptes du « jetage » de fringues à la moindre odeur. Quand je vais marcher, le cadet de mes soucis est de savoir si mes fringues vont vite puer ou non. D’ailleurs la réponse est OUI. On part pas à un cocktail ? On va pas rencontrer l’homme ou la femme de sa vie ? Alors !!?? Qu’est-ce que ça peut foutre de schlinguer quand on fait du sport, qu’on remue ses tissus adipeux et que l’on exsude des oursins que l’on a sous les bras ???? J’vous l’demande. Si c’est pas du consumérisme …]

-          portable chargé à mort car, pour la première fois de ma carrière de coureur-marcheur, je m’attends à recevoir non pas un, ni deux, ni même trois SMS mais, au bas mot, une dizaine !!! C’est dingue ! J’en mouillerais mon caleçon.

-          Buff et bonnet Kikouroù, celui que personne ne met plus; d’ailleurs l’ont-ils mis un jour ? Moi, oui. Des centaines de fois ! Même pas peur !

Jamais une préparation n’a été aussi sereine. Je ne me pose même pas la question de savoir si cela va être de trop, je prends. Encore une fois, désolé pour les dingos de la balance électronique…

OUH LA ! J’allais presque oublier de vous parler de ma belle paire de … bâtons. Bâtons qui sont au marcheur nordique ce que la mauvaise foi est à Nadine Morano, l’un n’existe pas sans l’autre. J’ai investi dans des LEKI Walker Platinium et je pense que mon histoire d’amour avec mes deux acolytes que j’ai nommés Robert et Léon (leurs initiales sont brodées sur les gantelets !) risque de durer quelques années. Robert et Léon, je vous kiffe grave !

                Nous voilà tous prêts. Ma femme et ma môman sont inscrites sur la première boucle. Cette épreuve des 100 km de Steenwerck allie à la fois sérieux et convivialité : le village est en fête et la première boucle est effectuée par de nombreux coureurs(ses) et marcheurs(ses) de tous âges. François nous a rejoints et, dans un élan de folie/solidarité, s’est inscrit sur le 100 : il a bien dormi la nuit précédente et l’euphorie le gagne. Il vient pour faire un maximum de tours en marchant. La présence de ma femme, Shunga et François suffit à mon bien-être. Rien ne pourra m’arriver, ils seront là.

                À 18h45, nous nous dirigeons vers la ligne de départ. Je salue Ch’ti Vincent et sa famille, ce dernier est venue pour effectuer le premier tour en compagnie d’Arkaluc que je n’apercevrai qu’une fois le départ donné. Je croise également Viviencentbornard, fidèle de l’épreuve et qui, année après année, progresse. Chapeau bas !

                H moins deux minutes : l’organisateur nous offre un discours pompeux avec des mots vachement beaux. J’embrasse Shunga et salue ma femme… euh non, le contraire, je crois. Je brandis mes bâtons au-dessus de ma tête et je lance un tonitruant « FORCE ET COURAGE ! », ça fait warrior.

                19h00 : PAN ! Le départ est donné. La masse de coureurs s’ébranle et je me mets de suite en action malgré la promiscuité, j’ai un 100 bornes à faire, moi. Je ne me retourne même pas pour voir une dernière fois François. Je suis dans ma course, je fonce.

ROUND 1

La première boucle nous fait emprunter les rues de Steenwerck où les habitants nous encouragent, des animations sont installées. Un peu plus de quatre kilomètres durant lesquels l’on est félicité, encouragé, applaudi. J’éprouve toujours un grand plaisir à parcourir ces ruelles, cela est d’autant plus jouissif que cela contraste avec la nuit et la solitude qui nous attendent, la tempête avant le calme quoi…

Nous sortons de Steenwerck vers le cinquième kilomètre, je me sens bien et j’essaie de ma câler sur des marcheurs athlétiques. Malheureusement, j’ai un peu tendance à vouloir endosser mon costume de Pac Man et je grignote petit à petit les marcheurs voire coureurs qui sont devant moi. Mon GPS confirme que je suis 20 secondes trop rapide par rapport à la vitesse prévue (8’/km). Je ne m’en préoccupe pas et continue sur ce tempo. J’écoute malgré moi les conversations de petits groupes de randonneurs. Que cela me semble chiant… J’en viens à souhaiter la nuit et la solitude qui l’accompagne. À cela, viennent s’ajouter les commentaires à but humoristique des « Ignorants » :

« Hé, y’a pas d’neige ! Ah ah ah !

-        Hé, t’as oublié tes skis ! Oh, oh, oh !

-        Ah ben, ça doit être bien utile pour grimper les ponts d’autoroute ! Wah ah ah ! » 

Et j’en passe et des meilleurs… Certes, je ne devrais pas m’offusquer face à l’ignorance et aux tentatives d’humour, néanmoins le fait d’entendre ce genre de remarques depuis 10 mois commence à m’échauffer les neurones. Une fois, ça va. Trente-six fois, j’en ai plein les bottes !

Je passe les ravitos sans m’arrêter ni ralentir. Je montre mon dossard pour le pointage et je vois défiler les kilomètres sur mon GPS. J’ai réglé celui-ci pour qu’il me donne ma moyenne kilométrique sur deux kilomètres, cela me permet de jauger ma fraîcheur et ma régularité. De plus, à chaque « bip », je sais que cela me fait deux kilomètres dans mon escarcelle !

                Durant ces 23 premiers kilomètres, je commence à reconnaître le parcours, à prendre mes marques. Une maison, une ferme, un pont, tel ou tel ravito : autant de repères qui m’aideront à focaliser mon attention sur des minis-objectifs lorsque je rentrerai dans le « dur ». Je regarde aussi avec envie les inscriptions peintes par l’organisation : km 25, km 40, km 90, km 99 ! Et je me dis que j’y serai dans un, deux, trois, quatre tours. Il est amusant de voir comment j’ai jonglé avec ces nombres. J’ai ajouté, soustrait toute la nuit ! Impossible d’y échapper même si cela pouvait être décourageant ; comme se dire que l’on passera encore quatre fois au même endroit ! Alors je ne vous raconte pas la joie, la liesse, la folie qui vous étreint lorsque vous êtes dans le dernier tour et que vous vous dites que c’est la dernière fois que vous verrez ce satané oignon écrasé (on en reparlera plus tard).

Un peu avant la sortie du village, Ch’ti Vincent et Arkaluc me dépassent et nous échangeons quelques mots. À cet instant, je ne me doute pas que Luc a pris le départ avec pour objectif de terminer un maximum de tours. Je croiserai à nouveau ce duo de choc un peu avant le ravito de la Croix du Bac, les coureurs et marcheurs se croisant sur la même route. Encore deux ou trois conneries lancées à l’unisson et nous nous quittons.

                Je boucle ce premier tour en 3h05, le moral est au beau fixe. Je passe en coup de vent dans la salle de Steenwerck et me voilà reparti !

ROUND 2

La nuit est tombée, il est temps de sortir la frontale et le MP3. En courant, je n’aimais pas écouter de la musique tant j’étais concentré sur les moindres sensations ou évènements de course. En marchant, c’est tout autre chose, mon attention est libérée de ce carcan et je peux apprécier la musique, d’ailleurs il est plus facile de chanter en marchant qu’en courant !

Durant ce tour, je sens petit à petit poindre les premiers signes d’usure. Pas de fatigue, mais les cuisses s’endolorissent et les coups de pied se font de moins en moins souples. Ma technique et ma moyenne kilométrique s’en ressentent. Rien d’alarmant pour le moment.

J’accompagne un groupe de trois coureurs aguerris, me semble-t-il, qui pratiquent la méthode Cyrano, à savoir: alterner course et marche à intervalles réguliers. Ils courent à peine plus vite que je ne marche, ainsi s’installe une conversation alimentée par leur curiosité à l’égard de ma technique : ils connaissent la MN et posent moult questions quant à l’efficacité de celle-ci sur des épreuves comme Steenwerck. Je leur réponds que c’est mon baptême du feu mais que je suis confiant. Ce petit bout de chemin commun durera une heure et prendra fin à l’occasion d’une pause-ravito un peu plus longue. Cet intérêt porté à la MN par des coureurs chevronnés me flatte et j’ai l’intime conviction que ce type d’effort trouverait sa place dans les préparations physiques des traileurs de tout poil, et celles épilées aussi.

                Je reçois de nombreux SMS d’Épy, Domi,  Grandware, Pégase, François et Shunga. Des nouvelles pour les deux derniers, ils se battent avec des ampoules dès le premier tour, ouille ! Des encouragements, de l’humour pour les quatre autres. C’est très agréable de savoir que quelques personnes portent de l’intérêt à ce que vous faites. Grandware m’appelle alors que je franchis le premier pont. On déconne, je lui expose un peu les faits et il semble agréablement surpris de l’assurance dont je fais preuve. C’est un plan qui doit se dérouler sans accroc et ça n’a l’air pas top mal parti, le moral étant toujours au top. L’on se donne rendez-vous au petit matin. Je me jette à corps perdu dans la nuit étoilée, la température est froide et le vent absent. Je suis heureux, serein, leurs pensées m’accompagneront durant ces longues heures d’introspection. Je n’oublie pas de saluer l’oignon écrasé.

                Je rejoins la salle de Steenwerck en 5h45 (km43), j’y embrasse ma femme et ma môman, souriantes, heureuses et courbaturées d’avoir bouclé leur grand tour. Je les félicite, elles m’encouragent et je repars aussitôt. Pas le temps de s’éterniser, l’arrivée est encore loin. Je conviens avec ma douce de l’appeler dès que j’arriverai à 1 km de la salle (km61) afin qu’elle puisse m’encourager à chaque passage. Tout roule. Ou presque.

ROUND 3

                 Ce tour sera le plus dur de tous. Une longue et inexorable baisse de régime caractérisera ces 19 kilomètres et quelques. D’un rythme avoisinant les 8’/km, je verrai celui-ci chuter régulièrement sans pouvoir relancer la machine. Je finirai ce tour au rythme de 10’/km ! À ce jour, je n’ai pas d’explication à cette décrépitude. Je n’étais pas fatigué, au contraire, j’avais une patate d’enfer pour entonner les chansons de Nino Ferrer : « Z’avez pas vu Mirza ? Lala lala lalaaa… Z’avez pas vu Mirza ?.... Oooooooh, il est reparti !... » ou bien « Des cornichons ! Papa la papa lala… » ou encore « Gas-ton, y’a l’téléfon qui son’ et … ». Je m’éclate. Non, je n’ai pas de jus, pas moyen de relancer la machine, cela sent le roussi. À cela, il faut ajouter le fait que mon coude droit développe une petite tendinite suffisante pour m’empêcher d’appuyer sur les bâtons. Le topo se révèle peu reluisant.

Je vois les kilomètres s‘étirer, n’en plus finir. Mon unique réconfort dans ces moments de perdition est de m’imaginer rejoindre ma femme dans cette salle-phare et de m’octroyer quelques dizaines de minutes de repos. Je passe sur la marque « km99 », c’est donc que je suis à 1 km de la salle. [Veuillez noter la perspicacité de l’auteur.] Je me saisis de mon portable et appelle ma douce :

« Ouais, c’est moi. ‘Suis à un kilomètre. J’arrive.

-         Ça va ?

-         Non, pas vraiment. Je suis en train d’exploser, je ne comprends pas. À tout de suite ! »

Pas besoin de m’étaler sur le sujet, j’aurai tout le temps de parler dans quelques minutes. J’arrive dans cette salle après un peu moins de 9 heures, ma femme m’attend, inquiète. Je la rassure en affirmant que je vais repartir, que cela ne fait aucun doute. J’irai au bout, ça, j’en suis sûr. Dans quel état ? Je le suis beaucoup moins. Je profite de cette première pause en 62 km pour me changer : maillot, polaire, buff et bonnet, voilà pour le haut. Je décide aussi de changer de groles, de troquer mes trails qui me semblent de moins en moins confortables à mesure que ma foulée se fait de plus en plus merdique. J’opte pour mes grosses Nimbus qui ont également fait leur preuve  sur de longues sorties. Je suis sec, j’ai chaud, ma femme m’embrasse, m’encourage et me glisse à l’oreille qu’ « [elle est ] fière de moi. » Il n’en suffit pas plus pour me booster et je quitte pour la quatrième fois cette salle alors que le premier arrive en 9 heures.

ROUND 4

                Pour le moment, je ne pense pas à l’arrivée. Je suis encore à deux tours de mon objectif final. Je me fixe une nouvelle fois un objectif intermédiaire : le km 70. J’aurais ainsi parcouru plus des 2/3 et serait à dix kilomètres des « 80 », c’est-à-dire du dernier tour.

                Peu de temps avant, je reçois un SMS de François qui nous dit qu’il entame son troisième tour malgré la fatigue et les ampoules. Il est cramé mais cherche à nous pousser si, par malheur, nous doutions. Je suis heureux pour lui, ses messages sont empreints d’humour et l’on sent que l’ambiance qui nimbe notre groupe est relativement sereine et joviale malgré les pépins. On se sert les coudes à distance. Je me dis que j’arriverai à le rejoindre durant cette boucle et que l’on pourra partager quelques kilomètres voire plus ensemble. Toutes ces pensées me ragaillardissent et c’est un « brand new Rag’ » qui affronte pour la quatrième fois cette boucle. Malheureusement, François jettera l’éponge quelques kilomètres plus tard. Merdum ! Tant pis, on se verra à l’arrivée, l’ami.

                J’ai toujours mal au coude et, pour la première fois dans ma vie de coureur/marcheur, je décide de m’auto-médicamenter ! Je n’en suis pas fier même si je n’ingurgite qu’un comprimé de Paracétamol (500 mg). Effet placebo ou pas, je me sens beaucoup mieux 10 minutes plus tard : plus de tendinite, plus de douleurs intercostales. Mon rythme reprend une fière allure ! Cette « renaissance » coïncide avec l’aube qui pointe à l’est, la nature s’éveille, les couleurs réapparaissent et les oiseaux m’annoncent une journée ensoleillée. J’ai toujours adoré ces moments de plénitude où l’on renait, où je ressens une certaine communion avec mon environnement. Je n’aime pas la nuit. Une rangée de saules tétards semblent m’accompagner à chaque tour, inquiétants voire menaçants en plein obscurité, ils en deviennent bienveillants à la lumière du jour. Quelle image ! Comme je me sens bien, j’envisage sérieusement l’arrivée. Je fais un bilan de la situation et me rend compte de la chance que j’ai : ma femme est là, elle m’encourage, est plus heureuse que moi de me voir ainsi ! Shunga et François sont là également. Deux Amis qui ont une place primordiale dans mon cœur. Peu de paroles entre nous, quelques écrits surpuissants, des regards plus profonds que n’importe quel discours. Ils sont là, ils seront là, nous serons là. J’en sanglote. La fatigue n’a rien à voir avec cet état d’esprit. Non, je n’avais même pas osé rêver de ce déroulement. Je suis Heureux.

Une nouvelle fois, je salue le pauvre oignon ratatiné. Se faire exploser l’oignon, ça doit pas faire du bien…

                Un peu après le km 70, j’aperçois une silhouette connue : Arkaluc ! Ce n’est pas une hallucination, il est là et bien là ! Je m’étonne de sa présence pensant qu’il ne faisait que la première boucle en compagnie de Ch’ti Vincent. Il me répond qu’il avait prévu d’aller le plus loin possible et que, pour l’instant, tout allait bien. Je lui tire mon chapeau car, sans aucune préparation et n’ayant repris la course qu’en mars après s’être retrouvé dans le plâtre, il s’est pointé sans prétention et est sur le point de devenir centbornard ! Nous bavardons, plaisantons et les kilomètres défilent un peu plus rapidement. Encore un grand souvenir ! Il trottine et me sert de lièvre jusqu’à la salle et le km 80.

                Je n’oublie pas le coup de bigophone de Lolo, le pote dont je vous ai parlé au début, celui avec qui j’avais effectué deux tours l’an passé. On discute longuement et je franchis le km 75 en sa « compagnie ». Un appel qui motive encore plus ! Dans peu de temps, cela sera son tour d’affronter ces 100 bornes. Je profite également d’envoyer des SMS à toute la tribu qui me suit ou qui s’intéresserait un tant soit peu à ma course : Domi qui a montré plus de confiance en moi que je n’en ai moi-même ! Jay que j’ai dû réveiller afin qu’il puisse m’encourager (J’ai attendu ton message toute la nuit, vindiou !), le Grincheux, témoin de mes multiples échecs et Arnaud qui n’a pas pu défendre son titre de « Blue Fucker le plus fidèle à Steenwerck », à ceux-ci viennent s’ajouter les Blue Fuckers et assimilés (le Kad, par exemple, qui existe apparemment).

 

Sur les 500 derniers mètres, je décide de trottiner ; je ne suis plus du tout efficace en marche, ça couine de tous les côtés. Le fait de courir sollicite d’autres muscles et permet de me décontracter les cuisses. Ma foulée rasante est peu orthodoxe mais me rassure quant à mes capacités pour conclure dignement le 5ème tour. À l’entrée de la salle, je suis accueilli par Caro, ma moitié, qui s’étonne de ma fraîcheur. Un sourire irradie son visage. Quelle joie ! Je me débarrasse du matos superflu : bonnet, frontale, MP3 et je me ravitaille pour la première fois à la table : TUC, raisins secs et carrés de chocolat sont enfournés.

 

ROUND 5

 

                Je suis au km 80. C’est la dernière fois que je visionnerai ce parcours. Deux derniers ponts à franchir, toutes les marques kilométriques que je verrai seront dans MON escarcelle ! 75, je t’ai eu ! 80 aussi. Km85, te voici. J’avertis tout le monde par SMS que j’entame mon dernier tour, commence alors un échange continue de SMS entre eux et moi. Domi me félicite et me conseille d’en profiter un maximum. Ce que je ferai. Je m’arrête à presque tous les ravitos pour échanger quelques politesses avec les bénévoles. On plaisante, on parle de marche nordique et l’on se donne rendez-vous à l’année prochaine.

 

Je suis pressé d’en finir et, comme j’ai de plus en plus de mal à marcher correctement avec les bâtons, je me mets à trottiner de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. 500 mètres, 800mètres, 1 000 mètres, … Je n’ai aucun problème à relancer, j’ai du fond, ça c’est sûr ! J’avertis de ma progression tous les 5 km. Au km95, le Ware m’appelle et s’étonne une fois de plus de ma progression. Je suis euphorique, on discute 10-15 minutes, on plaisante évidemment et l’on se donne rendez-vous après l’arrivée.

 

Je profite de la lumière, de la chaleur, des encouragements, puis des félicitations maintenant que je suis dans le dernier tour. Je suis heureux. Durant les cinq derniers kilomètres, je discute avec des « coureuses du dimanche » avec lesquelles je joue au yo-yo. Non, pas un truc dégueulasse mais alternant marche et course, vas-y que je te passe et que je te repasse avec à chaque fois un petit mot sympa. Ce petit jeu va durer deux bons kilomètres. Deux kilomètres de va-et-vient. Pfiou, c'que j'suis modeste!

J'arrive à l'entrée de Steenwerck et je continue à trottiner jusqu'à 400 mètres de l'arrivée. J'y suis arrivé. J’entre dans la rue principale, celle du départ. Au loin, assis sur un rebord de fenêtre, j’entrevois François. Je m’y attendais. Je ne concevais pas cette arrivée sans sa présence. Je lui souris et tombe dans ses bras, cela est bien plus qu’une accolade amicale, c’est un geste de communion, de partage. Il marche à mes côtés jusqu’à l’arrivée, peu de mots, quelques banalités mais tant de sentiments partagés. Je sais que ça lui fait plaisir de me voir ainsi. Finir ce 100 km n’avait de sens que si je pouvais le partager, le vivre avec les personnes qui me sont chères. Les personnes qui connaissent l’histoire depuis le début…

 

Ma femme est à l’entrée de la salle et désire me prendre en photo. J’irradie d’une joie retenue, rationnelle. Moi qui m’était imaginé cette arrivée comme une explosion, une délivrance, je franchis le seuil et montre mon dossard à la table de pointage. Mon nom apparait sur la table de marque, les gens présents dans la salle m’applaudissent, j’embrasse Caroline. 14h47. 100 kilomètres.

 

        [J’ai à ce moment une pensée pour mon chien Tyfus, parti récemment. Je lâche deux ou trois sanglots.]

 

Les SMS pleuvent. J’en profite pour en envoyer un à chacun de mes parents. La réponse de mon père me ravit, je suis comme un gamin de huit ans. Le résultat n’existe pas en lui-même. C’est un nombre à trois chiffres, rien de plus. L’Aventure en cinq actes que je viens de vivre est merveilleuse. Je savais que j’allais finir. J’étais sûr d’aller au bout. Néanmoins j’ignorais tout de ce qui allait se jouer autour de ma personne, lors de ce périple. Comme je vous l’ai exposé en préambule, la difficulté des cinq tours de Steenwerck fait aussi partie de la beauté dramaturgique qui se noue tout au long de ses « rounds ».

 

        Arkaluc arrive quelques minutes plus tard. Il a réussi et bluffé tout le monde, même lui. Bravo à lui. Je demande des nouvelles de Shunga, ma femme me dit qu’il doit être une heure derrière moi. Il finira lui aussi, c’est un succès complet. Malheureusement, comme à son habitude, Shunga ne sait pas finir facilement une épreuve. Ce ne serait plus du Shunga, hein ? Il arrive deux heures plus tard, la mine fraîche mais affirme en avoir bavé comme jamais. Je veux bien le croire. Heureusement que sa tête est plus dure que toutes ses emmerdes. Je l’embrasse à mon tour, deuxième Steenwerck pour lui.

 

        La journée se termine autour d’une bière, de frites et d’une bouteille de champagne offerte par Vivien, une nouvelle fois finisseur en 12h53. Son père, gentil parmi les gentils, n’en finit plus de féliciter tous les concurrents. Nous sommes là, sereins, à profiter de ces instants, à féliciter chaleureusement les finisseurs, à encourager celles ou ceux qui doivent encore un tour pour devenir centbornard. La fatigue a bientôt raison de nous, l’un après l’autre, et l’on se quitte joyeux, pressés d’en découdre une nouvelle fois.

 

Je suis heureux, je suis amoureux.

 

« I feel love » dirait Donna Summer…

 

 

 

PS: Merci encore à toutes celles et ceux qui m’ont supporté (dans les deux sens du terme) :

 

-         Caroline, ma femme,

 

-         Marion et Georges,

 

-         Mes parents,

 

-         La FBBG : Pégase, GW, Épy, Arnaud, Fifi,

 

-         Shunga et François (pas besoin de mots),

 

-         Domi, Jay, Lolo, Arkaluc, Ch’ti Vincent, Vivien et son papa,

-        Manu alias Canadou qui m'a vendu les précieux bâtons. Sa gentillesse et sa disponibilité ont une part dans ce succès. Il a cru en moi, ça me suffit,

 

-         Les bénévoles toujours au top,

 

-         La masseuse

 

-         et l'oignon écrasé bien sûr.

 

Et Tyfus…  

 

Publié dans : Stories
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 13:43
- Par le shung'

Ok. Jetons-nous corps et âmes dans les feux de la perdition. Voyons jusqu’où, d’un simple coup de bâtons, nous sommes capables de nous propulser.
L’histoire commence il y a deux ans, lorsqu’au cours d’une course commune, mon ami Le Rag’ s’est blessé. Il s’ensuivra pour sa part une déprime/dépression dont je n’ai aucune idée de l’ampleur. Sa blessure durera durera durera et durera encore. Ce genre d’affaire pour lui est très pénible. Il n’est pas habitué à gérer ce genre de tracas. Ca le ronge et détruit à petit feu. Mais nous ne pouvons rien pour lui. Nous ne pouvons rien pour personne. A la fin, il finit par reprendre le dessus. Il marche.
Moi, ce genre de galère c’est un peu mon quotidien. Alors, lorsque la suite de l’histoire m’amena dix-huit mois plus tard à rencontrer une table-basse et me briser un cartilage, la suite à écrire était plus que claire et évidente. Allons marcher mon ami ! La course à pied c’est has been. Regarde-les ces idiots, à se blesser tous les dimanches matin, à se plaindre en permanence au moindre ongle noir, à bouffer des pates par kilos, regarde comme ils sont ridicules à toujours vouloir courir plus loin plus longtemps sans même chercher à comprendre ne serait-ce que la moitié de la moitié de la moitié de l’Essentiel. La marche nordique c’est l’avenir !
Mi octobre, ou le temps d’encaisser des funérailles douloureuses, d’enquiller quelques litres et d’assumer le côté bâtons de l’histoire – nous y reviendrons – et nous étions en route pour les 100 km Steenjfjkvgjh.


Entre-les deux, tout a déjà été écrit, tout a déjà été lu, je vous ferai grâce des détails.


Les 100 km de Steenjfukhfjvh sont représentés par 4 boucles. Une de 24 et 4 de 19. De nuit. Et un peu de jour pour les moins rapides.
La première chose que j’ai constaté en arrivant c’est qu’il y avait beaucoup moins de monde que d’habitude au départ. Parmi le milliers d’inconnus seul Le Rag’, sa femme Hellebore, et François étaient présents. Oubliées les heures glorieuses qui ont fait la grandeur de la Fucking Team. Enfin, heureusement qu’eux ils étaient là puisque c’est pour eux que j’étais venu. Voir mon ami Le Rag’ devenir Cent Bornard, après deux ou trois échecs, c’était là, la seule mission du jour. Si accessoirement je pouvais décrocher un second écusson, je n’étais pas contre, mais l’important n’était pas là. L’important c’est de rendre ce qu’on t’a donné. Etant passé par là il y a deux ans, je sais combien il est primordial de savoir que quelqu’un t’attend à l’arrivée, et te regarde briller dans la nuit de toute ta douleur.
De mon côté, deux choses m’inquiétaient avant le départ outre le manque cuisant d’entraînement. Les puissantes quintes de toux qui m’empêchaient de bouger, et mes chaussures dont je ne maîtrisais absolument pas les secrets faute d’avoir eu l’occasion de les pratiquer suffisamment. Elles sont du genre sauvages et résistantes. D’ailleurs, aujourd’hui encore je n’ai toujours pas trouvé la clef qui les ferait basculer dans mon camp plutôt que de me pourrir les pieds et les jambes. Je vous préviens, si ça continue comme ça, je vais vous envoyer à l’assoce marseillaise qu’envoie les chaussures défoncées des traileurs de France aux petits malgaches hein !! Je vous préviens !
Mais on est là. Dans l’incertitude mais on est là. Alors autant y aller non ?


C’est parti. Peu d’émotions au départ si ce n’est l’envie de partir, de foncer à travers la route. Nous sommes des habitués de l’endroit. On connaît ! Qu’on lâche les fauves !
Go !


Contre toute attente le cœur fonctionne et les jambes suivent. Pas aussi vite qu’escompté puisque l’entrainement n’est pas là, mais rien de catastrophique, je pars donc quelque part entre 7 et 7,2km/h. Tranquillement.

J’avais oublié que le premier tour commençait par 5 km dans les rues du village. Sinon, je ne me serais pas habillé de cette façon. Je me serais fais beau. C'est-à-dire que j’aurais remis ma chaussette gauche à l’endroit plutôt que de la laisser à l’envers, puis j’aurais mis mes lunettes de soleil aussi. Ca n’aurait rien changé aux réflexions du genre « oh il a oublié ses skis », « oh elle est où la montagne ? » mais bon… On est dans le Nord, c’est pas un endroit réputé pour avoir un humour particulièrement développé. Je veux dire… Dany Boon quoi… Hein…

Je ne tousse pas, j’ignore les vannes à deux balles et je marche. Dans le village, je suis le dossard 154. Déjà, ça commence à m’énerver. Le dossard 154 a au moins soixante ans, et il marche plus vite que moi, sans bâtons… Hum.
Bon, j’essaye vaguement de m’accrocher. Je n’en prends pas ombrage. A Steenvgjfjvjh, sur la première boucle on ne peut pas savoir qui est qui. La moitié ou les trois quarts des concurrents se sont justes inscrits sur la premier tour pour participer à la fête. Ca crée une ambiance agréable et chaleureuse, très bon esprit, mais impossible de repérer ses concurrents. Peu de temps après, j’ai l’arrière grand-père du dossard 154 qui me double. Ce monsieur doit avoir à tout casser deux cents ou deux cent cinquante ans. Il marche à une vitesse… Pfioouuu. Ce moment se passe au seul endroit où les coureurs se croisent sur le parcours. Et j’entends « salut Henri » « Ca va Henri ? » « Oh t’es toujours là Henri ». Bon, je me dis que ça doit être la mascotte du coin. Nous y reviendrons plus tard…

Premier ravitaillement j’attaque au sandwich fromage et coca direct, j’ai pas mangé depuis ce midi, j’ai un peu faim quand même. C’est l’avantage de la marche nordique, tu peux t’alimenter normalement, enfin presque normalement. D’ailleurs, on va gagner du temps, sur le parcours, j’ai dû manger un bon 500 gr de fromage et bu deux ou trois litre de coca. Ce qui fait que contrairement à mes expériences précédentes je n’ai pas perdu deux ou trois kilos sur l’épreuve et que tout le monde m’a dit me trouver très en forme à l’arrivée. Je vous le dis… Marche Nordique !!!!

Je quitte le premier ravitaillement, passe sur la marque du dixième kilomètre le cœur en joie mais en m’apercevant qu’une ampoule vient de se former sur mon talon, et je pars en vrille.
Je pense à mon pote Vlad et à mon pote Sly. Je les connais depuis 22 ans. J’étais tout môme à l’époque. Je débarquais de ma cambrousse pour faire le grand voyage en pleine cité HLM. J’écoutais Mozart et Dvorak. Ils m’ont appris NTM, IAM, ASSASSINS et Ministère AMER. Ces gars n’ont aucune idée de ce que je suis, de ce que je vis, ou de ce que je fais. Oh ils savent que je suis un peu barré depuis le temps, que je ne fonctionne pas comme eux. Mais ils n’ont aucune idée de l’ampleur du phénomène, des dégâts. Pourtant, ils sont toujours là. Y’a qu’à faire sonner le téléphone. J’ai fait la nounou pour la fille de l’un pendant deux mois et ma femme sera la marraine du fils de l’autre. Ces mecs on été mes témoins lucides pendant cinq ans. Ce qu’ils disaient peut se résumer ainsi : « non tu n’es pas fou ! ». Ils m’ont sauvé la vie je crois. Je vous aime les gars.


Au quinzième kilomètre je grince déjà des dents. Je crois que l’ampoule a explosé. J’ai aussi les tendons des releveurs qui s’agitent sur les dessus des pieds. C’est pas de bon augure. La faute à ces chaussures que je ne sais toujours pas utilisées. Ca m’inquiète beaucoup car je n’ai aucune solution en vue. On avance.

Je pense à Pascale et Christophe. Je connais Pascale depuis 21 ans et Christophe depuis 17 ans. Nous nous sommes perdus plusieurs fois de vue, pendant des mois, ou quelques années. Nous nous sommes toujours retrouvés. Et si tout a changé parce que la vie nous brise chacun à sa façon, lorsque les bases sont solides nous trouvons les moyens de lui répondre. Ces deux-là ont été mes témoins lucides à la suite des deux précédents, lors de ma première explosion en plein vol. Ce qu’ils me disaient c’est : « non tu n’es pas fou ! C’est pas parce que tu bois trois 8.6 d’une main en te lacérant les bras pour écrire des mots d’amour sur les murs avec du sang de l’autre tout en fumant un oinj par le nez que t’es fou ! ». Ils vont se marier le 9 juin. Je serai le témoin de Christophe. Eux aussi ils m’ont sauvé la vie. Je vous aime.


J’ai terminé le premier tour aux alentours des 3H30. C’est pas mal. C’est pas la folie des grands jours et je sais qu’on sera très loin de l’objectif initial mais compte tenu de la prépa l’affaire était acceptée. Le but du jeu était d’être là. Pour le Rag’. Bon je vais pas vous faire le bon samaritain à deux balles, j’ai toujours eu l’intention d’aller le plus loin possible pour ma gueule. Mais le moment venu, car il vient toujours ce moment, y ‘a cette putain de salope de phrase qu’il a écrite un jour quelque part et qui s’est mise à résonner en moi, une phrase du genre : « si tu ne vas pas au bout ce ne sera pas une victoire mais un échec pour moi, on y va ensemble ». Enfoiré !! Le genre de truc à surtout pas me dire quoi pffffffff. Je fais mon Asperger dans ces cas-là moi. Je crois que c’est vrai, que c’est sincère, et après je me retrouve à marcher comme un nase pendant 17h !


J’ai rencontré Estée il y a quinze ans. Tu te souviens. On ira, y a que les routes qui sont belles et peu importe où elles nous mènent, on ira. Si tu me crois Belle. Un jour on partira. ST c’est la première fille à avoir vraiment cru à mes histoires. Bon elle a mis un peu de temps à se décider mais ce n’est pas important. L’important c’est de croire aux histoires. Dans le genre témoin lucide, elle est au top. Peut-être un peu trop. Mais elle m’a sauvé la vie. Je ne dirais rien de plus. Tout est visible. Je t’aime ma chérie.


Je suis reparti après avoir fait ce qui n’était absolument pas prévu à savoir perdre dix minutes pour soigner une ampoule de deux euros explosée. Hum très appétissant. Bien entendu entre la sueur et le liquide de l’ampoule le pansement avait un peu de mal à tenir. Mais comme je commence à comprendre le processus du système, j’avais pris soin d’amener mon elasto. Dans ta gueule l’ampoule ! Ca continue de tirer sur le talon mais un peu moins. J’avance. Il est presque onze heures. Je reçois des textos par pelletées. Je ne comprends pas encore ce qui est en train de se jouer. Mais ces textos commencent à m’entraîner. D’autant que je commence à plus que galérer. Je suis déjà en mode rage.


Tess est une amie que je connais depuis dix-sept ans également. Mais elle n’est mon amie que depuis deux ou trois ans parce qu’elle a osé faire un truc un jour. Ce n’était pas mon amie auparavant pour la bonne et simple raison que j’ai toujours pensé qu’il était impossible d’être ami (au sens vrai et pur de l’amitié) avec le mari et la femme, et vu que son homme c’est Sly, il était tout simplement impossible que l’on soit ami. Y a deux trois principes à respecter si tu veux garder tes potes. Le premier, c’est de ne jamais parler politique avec eux. Le second c’est de laisser leur femme tranquille et le plus loin possible. Elle doit être l’exception qui confirme la règle. Je vous dirais rien sur elle parce qu’elle a ça en horreur, que je parle d’elle je veux dire. Juste que c’est une des rares personnes (y en a pas plus de 2 ou 3 qui peuvent à ma connaissance) qui peut comprendre ce que j’écris/vis au mot près et à l’émotion qui l’accompagne, et que c’est la première fois qu’elle se permettait de m’encourager. Une pure merveille tes textos Tesss. Je t’aime ouep.


Je suis en mode rage oui. J’en avais déjà parlé de cette émotion sur un billet. Rage et colère. Rahan à coté de moi c’est Pascal Sevran, ou l’autre abruti de Zemmour, une petite merde que t’as envie de balayer d’un coup de balai à chiotte quoi. Je suis un Spartiate !!!! J’en avais déjà parlé sur le récit du TVC il y a deux ans, lorsque je me voyais défoncer les arbres à coup de bâtons ou éventrés les deux coureurs qui ne cessaient de me narguer cent cinquante mètres devant moi avant de bouffer leurs tripes à pleine bouche. Bon rassurez-vous j’ai appris à la gérer cette émotion. Plus aucun problème. Je me concentre sur la route et je ne veux plus tuer personne. Passé sur la marque du trentième kilomètre, je me contente de retirer ma chaussure et de virer la semelle. J’ai trop mal au tendon et à l’ampoule. Dégage ! Quoi reste que soixante dix bornes.


Vaïma. C’est un musicien. La seconde personne qui pourrait comprendre s’il me lisait. Mais lui il a comme principe d’amitié. « Si tu veux rester pote avec ton pote, ne lis jamais son blog ». Je comprends ça. Mais je sais qu’il fait des exceptions de temps en temps et qu’on ne risque rien. Du moins tant que tu votes à gauche sale nain ! C’est à ce moment là que je suis passé en mode écriture. Chat, forum, texto. Ca m’a valu quelques déboires cette méthode. Ca continue d’ailleurs… Hum… J’écoutais NTM ASSASSIN IAM et Ministère AMER, il m’a fait découvrir Steve Vaï, Birelli et ramené à Mozart et Paganini. Il aura fallu douze ans avant qu’il se permette de vomir dans mon lit. Il ne se mariera jamais et n’aura jamais de gosses. Je ne serai donc ni son témoin ni le parrain. Mais il est là. Et si je veux parler déterminisme, relativisme ou d’écolières japonaise, il est là. Je t’aime mec.


Je lis vos textos. Il me font chaud. Pendant ce second tour, je traîne. Je réfléchis au sens de la vie, je pense à vous, je pense beaucoup à vous. Au début j’avais prévu de faire un film dans lequel je vous dirais tous ces je t’aime mais ça a foiré. Oh j’ai filmé des trucs mais c’est nase, je sais pas parler. Et voyant que la batterie de mon téléphone ne tiendrait pas toute la nuit, j’ai débranché sur le coup de 23h30. Je sais que vous allez arrêter et aller vous coucher. Ne restera plus que Le Rag’, François et moi. Et la nuit. Je termine doucement le second tour sans me forcer en 3H et donc le premier marathon en 6H30. Ca me met relativement de mauvaise humeur. 6h30 par deux ça fait 13H auxquelles il faut rajouter 16km donc en tenant compte de la fatigue et de la perte de vitesse au bas mots 3H. Ca veut donc dire un temps total de 16H de course et donc encore au minimum pas loin de dix heures à marcher. Ouais mais à prendre une course pour une ballade hein, faut pas s’étonner. Hum. Tu sens le bonheur en toi ? Euh non pas vraiment. Je repars sans me poser de question (enfin pas trop trop) après avoir encore perdu dix minutes à enfiler des vêtements chauds.


Bandini, Pedrolito de La Mancha, et à travers toi, Queeblah, Eric, Kaneda. Les Enfant Perdus. Vous ne nous compreniez pas lorsqu’on s’est rencontré il y a douze ans. Nous, nous avions des parents qui s’occupaient de nous. Vous vous aviez toujours vécu de foyer en famille d’accueil. Alors non, vous ne compreniez pas. Et après, vous avez rencontré nos parents. Là vous avez compris. On était de la même tribu. Les Enfant Perdus. Parce qu’un gosse ça n’a pas besoin de parents. Parce qu’un gosse ça se fait tout seul. Ca s’en sort tout seul. C’est ce qui se dit dans certaines familles. Et vingt ans après on t’appelle pour te dire : « Mais je comprends pas, je t’ai toujours aimé. » Hum Maman ? Papa ? T’es qui ? Connais pas. Désolé, vous avez dû vous tromper de numéro, passez une bonne soirée. Bandini, est la troisième personne dont je sois sûr qu’il comprenne ce qu’il y a à l’intérieur. Mais c’est bête, il est parti vivre en Afrique. Ca lui va bien. Le côté africain. C’était un africain d’âme alors autant qu’il vive là où son âme se plaît. Il semblerait qu’il ait trouvé la paix là-bas. C’est juste qu’il me manque… Argh. Il me manque vraiment beaucoup. Merde. Je t’aime l’africain.


Ok… Je repars du euh… On en était où ? Au marathon ok. Je suis toujours en mode rage et colère. J’en ai emmagasiné tellement depuis quelques mois que j’ai de la réserve. Je marche je marche je marche. Je pense à vous, à ceux que je cite et ceux que je ne citerai pas. J’avance j’avance. Plus j’avance, plus j’ai mal. Mais j’ai la rage. Au ravitaillement j’ai remis une autre semelle dans la chaussure, la podologique. Mouais. Ca m’a pas vraiment aidé. Et en remettant la chaussure comme je ne fais ni défait jamais les lacets, j’ai arraché le pansement anti ampoule et l’élasto. Ca m’a tiré sur quelques kilomètre mais après la tendinite s’est faite tellement violente que je ne sentais plus rien ailleurs. C’est ça qu’est bien ! Je suis passé sur la marque du cinquantième kilomètre en 7h45. Enfin non, ce n’est pas exact. Lorsque je suis passé sur le cinquantième kilomètre, j’avais déjà tellement mal partout, j’étais déjà tellement à la bourre, que d’imaginer que j’allais devoir multiplier par plus de deux le temps que j’allais regarder sur mon chrono m’a totalement anéanti l’espace d’une centaine de mètres. J’étais là. J’avançais. Ecoeuré, dégouté, perdu ? Oui. Désespéré ? Pas loin oui. Pas loin. Et finalement j’ai regardé. 7H45. Il était 2h45 du matin. Personne. Plus personne. J’ai avancé. Sur la rage et la colère.


Il y a six ans, j’ai subi ma seconde explosion. Je ne pouvais plus sortir de chez moi. Je tombais jour après jour dans l’agoraphobie. J’ai réagi avant la chute finale. C’est là que j’ai rencontré Syliam. C’est la seconde fille à m’avoir fait pleurer et la seconde fille qui a cru à mes histoires. Mais je ne sais pas si elle a beaucoup de mérite. Fut un temps où je la payais pour ça. Cette relation avec Syliam est très ambiguë. Enfin non, elle est claire. Enfin non pas vraiment. Enfin elle n’a rien à voir avec la normalité mais elle est claire. Mais c’est tout aussi bien. Il fallait en passer par là pour m’atteindre. Il faut passer par là pour m’atteindre. Syliam a su, sait, transgresser les règles, dépasser les limites, franchir la ligne, elle a le courage de faire ça. Syliam est la personne que j’ai eu le plus de mal à situer. Ce qui est bien normal puisqu’elle joue en permanence. Ce qui d’ailleurs est tout a fait désagréable et insupportable. Mais je lui ai fait confiance. L’autre jour, je lisais ton bébé pour la dernière fois, et je t’ai vue, c’est ce que je fais, je vois. Je t’ai vue à côté de Mony en train d’affronter tes démons, pleine de courage et d’assurance qu’il te transmettait. Et là, c’était toi. Plus là joueuse. C’était toi. Je sais que tu as plein de démons mais je ne savais pas si tu étais des combattantes ou de ceux qui font avec. Et là, dans tes mots, j’ai vu. Je crois que c’était la première fois que je te voyais puisque tes jeux sont comme des écrans protecteurs force 13. Ca m’a beaucoup ému. Je t’aime toi aussi.


Excepté cet anéantissement du cinquantième kilomètre, je peux dire que je me suis bien amusé sur cette troisième boucle. J’ai maintenu le rythme, très régulier, autour des 6,5 km/h. 62km. J’ai mal mais bon, on a franchement connu pire. Je galère, mais bon, on a franchement connu pire. Non franchement tout va plutôt bien. C’est pas le truc que j’imaginais, c’est plutôt type course habituelle du Shung’ mais bon, comme c’est écrit, on a l’habitude. C’est à ce moment précis que tout a basculé.
J’ai rallumé mon téléphone pour voir si quelque noctambule m’avait envoyé un message. Effectivement, j’avais un message de François. Il était reparti sur une troisième boucle ce qui signifiait que le Rag’ et moi devions au moins en faire une quatrième.
Faut que je vous dise un truc sur François. L’année dernière, il avait tenté le coup en mode coureur et échoué sur la troisième boucle, à la fin du 62ème. Parce que c’est cet endroit qui est le plus difficile à gérer de toute la course. Cette année il était venu en visiteur, ne sachant pas trop quoi faire, courir marcher, nordiquement ou pas. Il a fait comme moi l’année dernière. Il a pris un dossard, ses groles et il est parti. Je ne le connais pas bien ce François. Il est un peu comme moi. C’est un Troverti. Alors imaginez quand deux Troverti se rencontrent les discussions de ouf qu’ils ont… Mouais. Beh François toute la nuit il nous a envoyé des messages, drôles les messages, et ça j’adore quand on est drôle. Avait-il conscience du bien qu’il nous faisait, de l’aide qu’il nous apportait ? Je ne sais pas mais quand j’ai allumé mon portable à 4h40 du matin, que j’ai lu qu’il était reparti sur une troisième boucle alors qu’il était juste venu pour, je sais même pas quoi, d’ailleurs je sais même pas s’il est vraiment reparti sur une troisième boucle, je l’ai jamais revu à part à l’arrivée mais j’étais pas vraiment là. En tout cas, ce qui est sûr c’est que quand j’ai lu ça, là où j’aurais dû réfléchir à deux fois avant de repartir, voir trois ou quatre ou tout le reste de la nuit, j’ai pas hésité trois secondes, j’ai pris mes deux verres d’eau gazeuse, mes deux verres de coca, et je suis reparti direct sur la quatrième boucle. Et C’est là que tout a basculé.


Il y a quatre ans bifurcation comme à mon habitude brutale vers une chimérique vie plus saine. En réalité il n’en sera rien mais au départ je comptais vraiment moins picoler et bouffer des brocolis ! J’ai débarqué sur un forum de course à pied. Les forums et moi c’est une longue histoire compte tenu de certaines particularités que je pratique. Autrement dit je me suis fait jeter en l’air de tous les côtés. J’ai eu vraiment mal. Ils m’ont fait mal ces cons. J’essaie de leur pardonner mais j’éprouve quelques difficultés. En tout cas sur ce forum j’ai rencontré la Fucking Team. De nouveaux témoins lucides. Ils m’ont dit : « ouep tout le monde se défoule sur toi mais nous on t’aime, tu n’es pas fou ! » Alors je suis resté. A la base il ya avait Jihem Epy et LE Ware. Jihem nous a quittés car l’esprit branleur l’emmerde. Moi aussi mais force est de constater aux vues des expériences que j’en suis un, alors quitte à en être par la force des choses, autant l’assumer et s’amuser. Puis sont arrivés Le Rag’, Pégase, Grincheux, Arnaud, François et j’en passe car c’est le WAre le chef et les voix du Ware sont impénétrables. Oh si je vous assure. Bien plus que dieu lui-même. Pour la simple et bonne raison que t’as pas envie, mais alors pas envie du tout de les pénétrer ! Avec ces mecs, on a couru, on en a bavé aussi. C’est un groupe de merde. Mais c’est le seul qui nous a ptete jamais convenu. Je veux dire, ce n’est pas un groupe. Y a pas de règles. Tu aimes c’est cool. T’aimes pas tu te casses, le monde va pas s’arrêter de tourner pour autant. J’aime ça. Pas de chichi. Tu veux venir tu viens. Tu veux pas venir, tu viens pas. Bon encore faudrait-il savoir qui fait quoi mais bon quarante ans d’individualisme n’aide pas à la communication groupale hein. D’ailleurs ça serait nase. J’aime cette entité communautaire individualiste indéfinissable. Seul mais toujours présents. Je vous aime les gars !



J’ai basculé du côté obscur. Le jour se lève. Il fait deux degrés. J’ai le bout des doigts qui gèlent car je n’ai plus suffisamment de force pour appuyer sur les bâtons et donc chauffer la machine. Je n’avance plus. J’ai mal. Et il reste 38 km à faire. De temps en temps, je lève la tête et je vois l’aube prendre toute son ampleur, la brume, le mélange lune et soleil, le mauve… Les photos à faire seraient magnifiques… Mais je ne les fais pas car je n’ai plus la force de sortir mon téléphone de la poche de ma ceinture. C’est à ce moment que je pense à… Oui je pense à… Hum. Je pense à cette technique de dissociation qui consiste à se désolidariser de soi pour favoriser l’action. J’expérimente cette technique dans le chant des oiseaux qui viennent de se lever. Ecouter les oiseaux permet de se concentrer sur autre chose que les douleurs qui te maltraitent à chaque pas. C’est assez compliqué. Il ne faut pas attendre d’être au bout du rouleau si tu veux que cela marche et il ne faut pas le faire trop tôt si tu veux continuer de croire que cela marche. Il faut choisir très précisément le bon moment. Pour moi cela aura fonctionné pendant trois heures. Ou a peu près toute la quatrième boucle. Bien entendu parfois je rebasculais vers l’intérieur et les douleurs, mais dès que je m’en apercevais je retournais vers le chant des oiseaux. Grace à ça j’ai pu malgré la tournure infernale que les évènement prenaient, je veux bien entendu parler de cette douleur insupportable, de cette tendinite qui petit à petit montait le long de la jambe, pu maintenir à peu près le même rythme et ne pas flancher, continuer d’avancer entre les démons, les peurs, le renoncement et tout ce bordel, en serrant les dents, en ayant parfois envie de pleurer en pensant à machin ou machine, en… Pfff, peu importe. Le chant des oiseaux m’a fait avancer jusqu’à la fin de la quatrième boucle. Mouais, les oiseaux m’ont permis d’avancer, m’ont fait tenir… Et vous voulez savoir le pire ? Je n’ai absolument rien compris à ce qu’ils me racontaient. Si quelqu’un parle l’oiseau ?


Il y a mon fils. Kanoa. Il est né il y a huit ans. Juste après qu’on ait rencontré, ST et moi, la seule personne sur laquelle je me sois véritablement trompé. Très tôt j’ai sû que ça n’allait pas être simple. C’est pas juste une histoire père/fils. Ca m’est arrivé aussi avec la fille de Tesss et Sly quand je la gardais et qu’elle me mettait la misère. A un moment, elle s’est arrêtée de pleurer et elle m’a regardé. Ce regard pffff, je l’oublierai jamais. Et là j’ai percuté. Direct. Elle avait cinq ou six mois. Maintenant elle se ballade à deux ans dans Casto en lisant les chiffres sur les pancartes. Ouais mon fils est de ce genre. En fin de section de maternelle, il m’a dit de sa voix de gosse super contente « ah je suis content d’aller chez les moyens je vais enfin pouvoir apprendre à lire » Euh comment te dire fiston, la lecture c’est prévu mais pas avant deux ans. En fin de grande section, je l’emmenais à l’école, sur le trottoir il me sort « eh papa trois fois trois ça fait neuf ? » hum. Bon. Il saute enfin une classe et va direct en CM1. Mais c’est pas ça qui m’inquiète, ce sont les gens qui m’inquiètent. Déjà, ils ne trainent qu’avec des filles parce que les mecs sont des purs tebê de chez tebê à cet âge là. Bonjour les manières et les chichis à la con qu’il incorpore. Ensuite… Pas d’ensuite. Je grandis avec lui. Pour l’instant, il me sauve la vie. Kanoa, ça veut dire libre. Un jour, il lira ce blog, un jour il comprendra, un jour il devra me tuer parce que pour vivre libre il faut tuer son père, et ce jour là je lui dirai merci. Je t’aime Kako Poter !



J’arrive au gymnase avec toutes les peines du monde et je tombe sur une Hellebore fraiche et souriante, le contraire serait étonnant, une nuit dans un break par 2 degrés, ça rafraichit le teint. Elle me prend en photo et je prends la pause, heureux, on essaie. J’ai vraiment l’air bien sur cette photo. Ca me dégoute ! Je pourrai avoir l’ai nase merde ! J’en bave tellement, je pourrais au moins avoir l’air complètement nase, que les gens me croient quoi ! Beh non ! La marche nordique, tu manges et tu bois, donc t’as beau avoir dépensé 6000 calories en 17H beh à la fin contrairement à la course à pied, t’as bonne mine. Fais chier ! Comme je lui dis que suis misérable elle me demande quand même si je vais repartir. Pas l’ombre d’un doute. Les oiseaux sont avec moi ! On n’abandonne pas dans le dernier tour ! Je fais mes ablutions et je repars. Sans me douter un instant que le pire du pire du pire est à venir. Et que les oiseaux vont s’envoler…



Ma fille. Mayari. Phénomène. Phénomène mystérieux. J’ai du mal à voir en elle. C’est à cause de son frère. C’est tout le problème des filles cadettes. Ca l’a toujours été. Elles se construisent en rapport avec le grand frère. Ca me saoule !!!! Grave. Du coup j’ai du mal, beaucoup de mal a distinguer son potentiel, ce qu’elle est vraiment au fond d’elle-même, de ce qu’elle dissimule pour ne pas gêner son grand-frère. Et ça, ça me gonfle à un point. On, nous les parents, ignore plus au moins volontairement ces choses là. Je veux dire, on a autre chose à foutre dans la vie. Les gosses, ça s’éduquent comme ça peut hein. N’est-ce pas ?


Voir ma fille courir, c’est pfffff. Cette foulée. Mais tous les gars que je fréquente rêveraient d’avoir une foulée pareille, un rythme pareil, une aisance pareille et je parle pas de l’endurance... Un jour elle a marché, et le lendemain elle a couru. Rassurez-vous ça n’a rien à voir avec moi, le contraire aurait été étonnant hein. C’est son frère. Ca ressort dans ces propos. Il a développé le côté intellectuel, parce que côté physique il est aussi adroit qu’un manche à balai, et pour pas l’emmerder, elle a développé direct le côté physique, ce qui fait qu’à trois ans et demi elle terminait sa première course d’un kilomètre et demi en se permettant le privilège de se taper sur la fin un grand et gros d’au moins six ans complètement à la ramasse. Elle a pris la place qui lui restait… Ouep, je connais deux trois filles chez qui aux environs de la trentaine, cette inhibition de merde persiste. Une espèce de mélange, un truc qu’on pourrait appeler Le complexe du père et du grand frère, relié à l’historique de la condition féminine. En gros elles adorent (ou se persuadent) jouer à la conne. Sauf que personne ne peut m’écrire sans que je perçoive le niveau, parce que quand on écrit, non rien, ça se sont des secrets… Et ces meufs là m’énervent m’énervent, ça me dégoûte de voir tout ce talent gâcher, ça m’écœure. Ca va mal finir oui, faut que j’apprenne à gérer ça. Laisser vivre, laisser mourir. Pourquoi je vous parle de ça ? Beh imaginez un seul instant que ce truc glauque, parce que je vous assure que c’est un truc glauque, puisse arriver à ma fille… Pffff. Faut que je trouve le moyen de passer en travers du grand-frère. Je suis un grand-frère. Je sais. Mais je suis aussi le père. Je vais trouver ma fille je t’assure que je vais trouver. Quand je vois tes grands yeux, tes énormes yeux, je perçois la profondeur que tu dissimules à travers les éclats de génie que tu ne peux t’empêcher de disperser quand tu ne te surveilles pas. Je t’aime.


Et la cinquième légion s’abattit sur lui. Dés le départ, j’ai senti que ça n’allait pas le faire. La douleur était trop intense. En revanche, ce qui est bien, le seul point bénéfique, c’est que cette douleur était si intense, qu’elle escamotait toutes les autres. Ce que je veux dire c’est que je ne ressentais rien d’autres qu’une immense vide, un manque d’énergie totale, une lassitude sans fin, et cette seule et unique douleur. Pas la moindre courbature, pas la moindre contracture, non, cette douleur était si intense que je ne ressentais plus qu’elle. Elle se situait à la base du tibia de la jambe gauche. Ca faisait un moment qu’elle s’épanouissait la coquine, déjà au cinquantième kilomètre j’avais l’impression qu’on me lançait des coups de couteau dans le tibia. Mais là, ça devenait au-delà de tous mes espoirs. J’avais l’impression qu’à chacun de mes pas le tibia voulait aller se taper un pique nique avec le talon. Pfff. C’est absurde quand j’y repense. Et vous y pensez surement vous aussi. Pourquoi s’infliger ça ? Pourquoi faire ça ? Je vous l’expliquerai peut être. Ou pas. Ca fera une bonne conclusion. Ou pas. CE que j’en sais pour l’instant c’est que les oiseaux que je ne comprends pas ne servent plus à rien, c’est que je n’ai plus que vous, vous qui m’envoyez des textos par dizaines, oui par dizaine, j’ai vérifié. J’arrive au premier ravitaillement et passe sur la marque 85. Je devrais être content mais non, je ne le suis pas. Ce qu’il faut comprendre à ce moment de la course dans cette situation, c’est que tu te dis que tu vas finir, peu importe les conditions tu vas finir. Oui mais non. C’est une illusion. Plus ta vitesse va diminuer, plus tu vas t’engouffrer dans les fin fond dégueulasse de la médiocrité et tout ce qui s’ensuit. A ce moment là, quand physiquement t’es au fin fond du trou, blessé et sans force, si tu décides de lâcher l’affaire et passer en mode randonnée à deux ou trois kilomètres heures, tu comprends vite que pour faire 15Km tu vas encore passer au minimum six ou sept heures sur le circuit. C’est impensable, inimaginable, inenvisageable pour moi après 13heures de course.
Qu’est-ce que je fais ? Je relance tiens ? Je relance pardi. Tous les kilomètres, puis tous les cinq cents mètres, puis tous les cents mètres, je relance, je m’accroche et je relance. Je réponds au téléphone une fois au Ware, les autres fois je pouvais pas… J’aurais du tous vous appeler. Pendant ce temps t’avances et tu penses pas, parce que moi, au téléphone, je focalise sur vos voix pour ressentir le niveau de vérité de ce que vous dites. Je sens plus ce qui se passe autour. Alors j’aurais dû… J’y ai pensé, je l’ai pas fait mais j’aurai dû franchir le pas. Je m’arrête cinq minutes à chaque ravitaillement, ce qui m’assure à peu près les cinq cents prochains mètres en repartant sans souffrances. Et comme il y a un ravito à peu près tous les trois kilomètre et demi. C’est toujours ça de pris.
Comment pourquoi ? Mais. Mais devant y a le Rag’ avec sa phrase à la con : « si tu termines pas ce sera un échec » y ‘a François qu’a fait trois tours et passé la nuit ici rien que pour nous sachant qu’il ne nous verrait pas. Hellebore aussi. Y ‘a vous putain. Ces dix foutus importantes personnes que j’ai sonné à une heure du départ. Qui sur la première et la dernière boucle m’ont envoyé très exactement 70 textos ! 70 textos ! Mais pfffffff. Qu’est-ce que tu veux que je fasse de tout ça ? J’ai pas le choix. Je ne l’ai jamais eu. Je peux plus marcher. Franchement. Je peux plus. Le dernier message que j’ai reçu est celui d’Epy quelques heures après l’arrivée. « Je sais pas si c’est une bonne nouvelle… T’auras toujours une tronche plus dure que les muscles… Bravo ». Franchement mon ami Suisse je sais pas non plus. Ca pourrait bien me tuer un jour. Je peux plus marcher mais je peux pas abandonner. Pas avec tout ça. Pas avec tout ce que j’ai fait et surtout pas avec tout ce que vous avez fait, pas avec tout ce que vous m’avez donné. C’est pas envisageable chez moi. Alors j’avance.
Je finis par arriver au 90eme kilomètre. On dit qu’on n’abandonne pas à ce stade mais je sais que c’est possible car ça m’est déjà arrivé avec trois jours d’hosto en bonus, alors je la ramène pas. Je fais genre j’ai pas vu. Oh le 90ème oh oui, c’est bien. Je suis content.
J’invente une façon tout à fait particulière de se déplacer, un truc entre la marche athlétique, la marche nordique et la course à pied. De cette façon j’avance sans trop souffrir. Le seul soucis, c’est que cette méthode est vorace en énergie et que de l’énergie j’en ai plus beaucoup. Elle ne me sera utile que cinq ou six kilomètre. Il ne me reste donc plus que la douleur. Eh bien allons-y.
Peu avant le 95 eme km le Henri du départ, vous vous souvenez la mascotte de deux cent cinquante ans, me double. Je sais plus si nos regards se croisent si je vois un sourire sur son visage parce que moi-même je lui sors un regard douteux, je sais plus. Ce que je sais c’est que je percuterais deux ou trois heures plus tard, parce que le week end dernier j’ai rencontré Jihem par hasard à Fontainebleau et qu’il ma dit l’avoir croisé au 100km de Belvès un mois auparavant bouclé en 17H pour son 600ème cent bornes ??? que ce papi de deux cent cinquante ans est Henri Giraud, visiblement respecté et respectable. D’où la leçon du jour : c’est en faisant et pensant de grosses conneries qu’on apprend l’humilité. Et vu qu’en rayon grosses conneries je suis pas le dernier, j’ai de bonne chance de me taper une super prochaine vie, un truc comme ça, ça m’irait par exemple… !!!
On conclue ? Allez on fonce ! Au 97 eme je repense à ma pire ennemie, Tatie Danielle, la vieille dame que tu voudrais surtout pas qu’elle soit ta mamie. Elle chantait pour passer le temps. Eh bien chantons mamie. Seulement là tu vois. Je suis plus rien. Alouette, c’est bcp trop compliqué pour moi. Par contre les souliers… hum… Et un kilomètre à pied, ça use ça use. C’est comme ça que je suis arrivé au 98,5 km et 71 dans ma tête…
Ces dix derniers kilomètres sont ce que j’ai connu de pire depuis quatre ans de courses. Et pourtant j’ai connu de sale trucs. Je vais vous expliquer juste après la fin. Au 98 km j’aurais voulu exploser de joie mais j’ai pas pu. Pourtant ça faisait deux ans que j’en rêvais de ce 98eme km. Revivre ça. Mais j’ai pas pu. Trop out.
Au 99 eme km, vu que le Rag’ ne pouvait plus marcher et ne pouvait pas venir me chercher j’ai appelé ma femme pour vivre la fin avec quelqu’un. A cette occasion, je me suis pris un panneau dans la gueule. Ce qui était inévitable compte tenu de la situation. Après 17h de course et tout ce qui s’ensuit, un téléphone dans une main deux bâtons dans l’autre, je regarde vers le bas. C’est toujours agréable un petit panneau. Mais pas plus que la panne d’essence du camion à Ville Parisis six heures plus tard. Hum. Mais quelle journée de merde !!!!! A cent mètres de l’arrivée j’aperçois Le Rag’ et François. Ils sourient. Ca c’est un truc que je viens de comprendre. En fait, émotif comme je suis on pourrait croire qu’après une telle épreuve je me mette à pleurer toutes les larmes de mon corps. Mais non. Ils sont là, ils me sourient, on fait les cents derniers mètres ensemble, les gens sont là, on m’applaudit. Qu’est-ce que je peux faire d’autre que rire et sourire ? Je suis double cent bornard non ?


Ainsi donc s’achève ma course la plus pénible. J’y ai beaucoup repensé suite au coup de téléphone du Ware qui me demandait si j’avais oublié les galères du premier. Je vous ai collé le récit du premier avant de partir, c’est vrai qu’on en avait bavé hein. Mais je vois toute la nuance aujourd’hui. Entre la première CCC et la seconde, entre le premier Steenwerck et le second. Je marche au défi, je marche à l’Inaccessible. J’ai pas fini la CCC mais la seconde fois je savais que j’irais pas plus loin que Trient donc j’ai capitulé et abandonné avant. Là, je n’avais rien à prouver, j’ai déjà terminé Steenwerck, je suis déjà cent bornard, et je n’étais raisonnablement pas près pour tout un tas de raisons éparpillées au fil des billets. Techniquement et d’un point de vue raisonnable, j’aurais dû abandonner au 62ème. Seulement voilà, y avait le Rag’ puis y’avait vous, vous tous. Ca vous parait peut-être bête. Je veux dire, on fait ça pour soi pas pour les autres. C’est vrai dans le fond. C’est ce que je fais d’ailleurs. Je ne sais pas si je suis parvenu à rendre compte de ce que m'a coûté de terminer cette course. Ca fait plus de 6 heure que j'écris et que j’essaie de l'expliquer. Je vais même pas me relire. J'en ai marre. Vraiment. J'en ai ai marre de toutes ces relations, te toutes ces conneries. J'en ai marre. J'ai versé quelques larme en écrivant les deux derniers paragraphes et... Hum, je sais pas. Cette course pfff. Je sais pas. C'était l'enfer, j'aurais rien pu imaginer de pire... Et j'ai terminé.... Hum... Pourtant derrière y a toujours ce truc…


Tu vois, je n’ai pas de famille. C’est comme ça. Papa maman, frère sœur, pas la peine de s’étendre, j’en ai mais je sais pas ce que c’est. C’est pas cohérent, c’est pas congruent. C’est rien. Aucun rapport avec le sens des mots. J’ai pas…
J’ai toujours traversé la vie en espérant être accroché par quelqu’un, un groupe, qui me dirait tu es chez toi, on t’aime, installe-toi, nous allons prendre soin de nous. Tous les gens que je cite dans ce récit font partie de ces groupes que j’ai traversé, aussi différents les uns des autres et tellement semblable humainement. Mais personne n’a réussi à me retenir. Personne… Pourtant je l’ai toujours voulu. C’est tout ce que j’ai toujours espéré. Et aujourd’hui je ne pense plus que quelqu’un soit capable de le faire. Non… Et ça ça me… Hum.

Je vous ai parlé de Bandini et notre bande dans ce récit. Que fait un Enfant Perdu ? Il essaie de sauver sa peau. C’est tout ce qu’il fait. En permanence. Il essaie juste de sauver sa peau. Parfois c’est tordu, parfois c’est bizarre, parfois il s’en sort et parfois ça foire, mais franchement, vaut mieux pas que ça foire, parce que là, ça devient vraiment glauque pour tout le monde.

C’est ça que fait un Enfant Perdu. Il traverse les gens, et il construit sa propre famille.







Toi que je n’ai pas cité. Je t’aime ! …

Fin de l’histoire.


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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 15:47
- Par Le shung'

Dernier jour !  Aujourd'hui j'ai marché trois kilomètres. J'avais un courier à poster. Je me suis donc préparé pour cette grande occasion. J'ai commencé par mettre deux sweat. Ensuite j'ai mis mon short en dessous de mon pantalon. J'ai aussi pris une paire de trail. Enfin, je me suis ravitaillé avant le départ d'un bon sandwich mayo jambon, suivi d'un bon sandwich au camenbert. J'ai pris mon sac et me suit attaché à ma ceinture cardio.

Fort de tout ce courage et de cette préparation coutumière je me suis lancé à l'assaut des rues de Corbeil-Essonne sous un soleil torride.

Ne nous le cachons pas, le but sous-jacent à cette folle équipée sauvage était de mesurer les forces en présence à deux nuit du grand départ et ce afin de se rassurer. C'est chose faite !

Eh bien cher lecteurs, ou bien oserais-je dire chers supporters, je tiens par la présente à vous rassurer vous aussi. Il y a des choses dans la vie qui ne changent pas. Tous les voyants sont comme à leur habitude et actuellement dans le rouge ! Autrement dit les jambes sont vides et le cardio annonce 20 pulsations de trop.

Autrement dit plutôt que 14h on va plutôt viser 18 voir, allez soyons fou, 20. Quoi ne dit-on pas plus c'est long plus c'est bon !!!!!!

 

 

 


 
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 10:01
- Par LE shung'(

Je vous avais promis de vous... Ah non. J'avais rien promis du tout. Tout simplement parce que chez moi faut que ça sorte. C'est naturel. Je veux qu'on sache ce que je fais. Ca doit me rassurer quelque part. Je dois pouvoir me dire "oh oui, le shung', ta vie est super intéressante, tout le monde la lit !"

On est rentré dans la phase que j'ai en horreur. Les trois jours avant la course. Celle où je tousse, celle ou j'ai plus de souffle. Et attendre attendre attendre. Purée ce que c'est pénible d'attendre. D'un autre côté j'ai pas de chaussettes propres alors ce serait chiant si la course était ce soir hein.

Ma préparation s'est merveilleusement bien passée. Trois semaines de marche, une semaine de gastro, une semaine de récupe, deux semaines de marche, une semaine de rhino, une semaine de récup. Et nous voila aujourd'hui au dernier jour de préparation. Deux semaines jour pour jour que je n'ai pas marché. Ma rhino s'est converti en trachéite qui de toute évidence s'est installé pour une ou deux semaines et le soleil et le vent sont enfin arrivés ce qui signifie pollenisation à donf ! 

D'un autre côté, je ne m'en fais pas plus que ça. C'est la même histoire chaque année. A vrai dire je crois que c'est l'histoire de toute ma vie.

CE soir on se matte un ptit Rocky, demain on se matte 300 et tout ira bien !

 

 

 

Pj : matériel :

 

 

une boite d'ibuprofène

pastille humex

sirop toplexil

efferalgan effervescent

smecta

spasfon lyoc

et 8 mètre d'elasto.

 

Tout est prêt

 

Nickel GO !!!!!!!!!

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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 18:50
- Par freenordictexaswalkers

Salut à toutes et à tous,

 

Je vous avais promis des news quant au déroulement de ma préparation, he ben, c'est rapé. Que le temps passe vite et l'air de rien, une prépa, c'est relativement chiant sauf pour la personne qui l'entreprend. Neuf semaines sans trop de pépins physiques, j'ai enquillé les sorties et me suis constitué un petit matelas de confiance. Un matelas de confiance qui ne tardera pas à fondre à l'approche du départ... La dernière semaine fut très difficile: j'ai raccourci l'avant-dernière sortie longue (5h05 au lieu de 5h30) car une douleur très vive sur l'avant de la jambe gauche est apparue dès la deuxième heure de marche. Évidemment j'ai cru pouvoir la faire disparaître en continuant malgré tout.. Grosse erreur. J'ai donc dû zappé le fractionné du mardi, puis la sortie longue du mercredi. À cela, est venue s'ajouter la tragédie concernant mon Tyfus. Je me suis donc retrouvé dimanche avec une sortie de 6 heures à caser sans être sûr de la boucler en un morceau. Finalement, tout s'est bien déroulé même si la gnak était aux abonnés absents et que mes pensées étaient monopolisées par le souvenir de mon clebard.

J'attends donc le départ...

Ah oui, je vous ai pas raconté l'épisode des embouts! En l'espace de deux mois et de quelques centaines de kilomètres parcourus armé de mes fidèles Leki, j'ai réussi à désintégrer deux bons centimètres de gomme sur les embouts de mes bâtons. Le choix fut fait d'acquérir des embouts a priori plus résistants et adaptés à tous les terrains, goudron y compris. A priori... Vous devinez que les fameux embouts ont fait long feu. Il ne m'a fallu que 45 minutes pour prouver par A + B, autrement dit par Attention + Bourrin, que ces embouts étaient peut-être adaptés pour tous les terrains mais pas du tout adaptés à la bête qui se situe à l'autre bout des bâtons, c'est-à-dire Bibi. Résultat des courses, je vais me pointer à Steenwerck avec des embouts classiques voire pas du tout, et, dans ce cas, l'on devra supporter les TIC TIC incessants  de mes pointes inclinées en tungstène de groscouillon sur le bitume pendant plus de 13 heures!

L'heure est venue de nous quitter. 

À bientôt!

 

Rag'

Publié dans : Free lance
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